Le paradis, pardi!

Je vis sur une île entourée d’eau. En ces temps d’automne qui recommence sa ronde et d’hiver qui prend son élan, on pourrait penser que c’est le paradis.

Mais sur mon île, il n’y a pas de palmiers, sauf dans les couloirs des centres d’achat. L’eau est loin, souvent inaccessible, pas vraiment bleue, pas vraiment propre et surtout jamais assez chaude. Sur mon île, il n’y a pas de sable ailleurs que dans les parcs pour les enfants, le béton est armé et l’asphalte coule à flot. À la place des plages, il y a des autoroutes. Et sur les rives bucoliques, des tours, des usines et des terrains vagues.
Je ne suis pas seul sur mon île. Nous sommes des milliers, voire des millions. Des insulaires qui s’ignorent. Des Robinson de salon.

On oublie que Montréal est une île. Les hommes qui l’ont bâtie ont tourné le dos au fleuve et à l’eau. Comme si la ville, à l’instar des huîtres, s’était renfermée sur elle-même. Comme si elle avait oublié d’où elle venait.
Sur notre île, il y a bien quelques maisons au bord de l’eau. Il y aussi quelques parcs, souvent maléfiques. Mais contrairement aux grandes villes portuaires du monde comme Londres, Barcelone ou New-York, notre ville n’a pas encore trouvé le projet qui la remettrait à flot.

Il faut attendre que les grands voiliers débarquent exceptionnellement dans le port de Montréal pour que la foule se précipite et se rappelle qu’elle a le bonheur de vivre sur une île qui pourrait facilement être paradisiaque.

Chronique publiée dans BRANCHEZ-VOUS.com!

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