Meilleur avant/Best before


Naguère, l’hiver était plus blanc. La mer était plus bleue. Et le vert n’était pas encore à la mode. En ce temps-là, les fleurs poussaient sur le papier peint des murs du salon. Et il y avait plus de plomb dans l’essence que dans la cervelle des automobilistes.

Avant, la vie était plus simple.

On ne devait pas mettre sur pied un centre de tri sophistiqué à la maison. Recyclage à droite, compost à gauche, bouteilles consignées sur la galerie et poubelle sous l’évier. Ça nous laissait du temps libre pour prôner le Peace. Et faire le Love tout nu dans les prés. Le dilemme «Marche ou auto?» pour se rendre au dépanneur ne se posait pas. On y allait de toute façon en auto. Et tant qu’à y être, on laissait tourner le moteur pendant qu’on causait hockey avec le caissier. Parce que lui, y connaissait ça.

Avant, la vie était mieux organisée.

On avait de vraies saisons. L’été, c’était pendant l’été. L’hiver, c’était pendant l’hiver. Et le printemps avait invariablement lieu un dimanche après-midi d’avril. Les choses étaient claires comme un verre de crème soda. Jadis, on avait des tempêtes du siècle chaque année. Les bancs de neige étaient si hauts qu’à leurs sommets, il y avait encore de la neige. Et le facteur éolien n’avait pas besoin de s’y mettre pour que la température soit au coeur des conversations.

Avant, la vie était moins chère.

On allait plus loin avec un litre d’essence qu’avec une bouteille d’eau. Un paquet de cigarettes coûtait moins cher qu’une pomme. Et un sac de chips était aussi chic qu’une salade.

Avant, le vert était la couleur de l’espoir, pas celle des devoirs.

Greenpeace nous foutait la paix. Hubert Reeves trippait «cosmos». Suzuki était une marque de moto. Et Laure Waridel jouait encore aux Barbies. Les médias ne nous bassinaient pas les oreilles avec des études sur les changements climatiques, des chroniques fin-de-mondistes, des conférences de Montréal et des protocoles de Kyoto. On dansait le yé-yé, on jouait au yoyo. On voyait la vie en rose. Et on trouvait que c’était une fichue de belle couleur.

Avant, on avait la conscience tranquille parce qu’on n’avait pas conscience.

À cette époque, il n’y avait pas de purificateurs d’eau, pas de purificateurs d’air, pas de purificateurs par osmose inversée, pas de filtres anti-UV, pas de filtres HEPA, pas de crème solaire indice de protection 2000, pas de «bio», pas «d’équitable», pas de «sans ogm», pas de tofu, pas de casques, pas de ceintures de sécurité, pas de capotes… En ce temps-là, les risques faisaient partie de la vie. Et on n’avait pas besoin d’une assurance pour en prendre.

Oui, c’était meilleur avant.

Quand la planète était encore loin de sa date de péremption…

Texte publié dans le magazine Urbania spécial Vert

Illustration Laurent Pinabel.

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