On ne peut plus rencontrer quelqu’un par hasard

La géolocalisation tue le destin et efface les coïncidences. Si vous allez sur Foursquare et vous savez qui est là avant même d’y arriver. Comme si vous y étiez déjà sans même y être allé. C’est un afficheur, mais grandeur nature, étoile 69 à hauteur d’homme. Une sorte de machine à vous téléporter, sans vous dématérialiser ni même vous déplacer.

Avant l’afficheur, à chaque appel, c’était une nouvelle surprise. Il fallait décrocher et même parfois demander “qui c’est” ou, plus poliment, “à qui ai-je l’honneur” pour savoir qui était à l’autre bout du fil (parce qu’en ce temps-là, les téléphones étaient aussi attachés à un fil). Même si une fois sur deux, vous saviez que c’était votre mère, l’autre fois c’était un mystère, une surprise, un importun ou un important. Qui sait qui c’est ?

Maintenant vous n’êtes plus obligé de décrocher pour vous assurer que vous voulez répondre.

C’est le progrès.

Depuis qu’on a inventé l’afficheur, les surprises s’en fichent, les “ah, c’est toi?” étonnés ne sont plus de mises et vous ne devez plus inventer des excuses bidons pour raccrocher puisque vous n’avez même pas décroché.

C’est comme l’invention de l’échographie. Cette machine à regarder dans l’emballage la nature du cadeau évite sans doute bien des disputes et des nuits blanches pour chercher le prénom d’un nouveau né en effaçant d’un coup de sonde 50% des choix possibles. Mais elle élimine du même coup et à jamais la joie de découvrir dans les cris et l’émotion de l’accouchement la binette, le sexe et le nom de junior.

Outre l’appel de belle-maman que nous pouvons détecter au premier dring dring ou le sexe de bébé qui se dévoile avant même que junior ait montré le bout du nez, désormais, comme Dieu, nous savons où sont les autres. Car en un clic et autant de coup d’œil, vous savez repérer qui est où et où est qui.

Il n’y a plus de hasard, ni d’aléas, ni d’imprévus.

Je vous écrit ceci d’ici. Mais vous le saviez sans doute déjà, c’est statué sur Facebook, marqué sur Foursquare et écrit dans le ciel.

Il n’y a plus que “quand?” qui reste sans réponse. Quand le téléphone va-t-il sonner ? Quand va-t-elle enfin arriver à votre rendez-vous ? Quand est-ce qu’on mange ? Quand la mort va-t-elle nous emporter ?

Si vous me cherchez, je vais “checker in” sur une plage du Maine.

Texte publié dans BRANCHEZ-VOUS

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