Personne ne va à Détroit

Quand je dis un trou, c’est un euphémisme. Le centre ville de Détroit a moins d’animation en pleine heure de pointe un lundi que Hull un jour de congé fédéral.

La majorité des tours à bureau sont abandonnées, les fenêtres brisées, les murs en lambeau, les planchers poussiéreux. Les opulentes portes de métal sculpté n’ont plus été frottées depuis des lustres. Et, en parlant de lustre, ça fait des années que ce ceux-ci ne brillent plus dans la nuit. Les parkings sont vides. Les mauvaises herbes s’immiscent entre les craques dans le béton. Et les deux fast food encore ouverts attendent le client comme le lieutenant Giovani Drogo attendait l’ennemi dans le Désert des Tartares.

Aux confins de ce qui fut un down town riche et animé, il y a le colossale stade des Tigers, un casino criard, une rue disneylandisée. On imagine que c’est là que ça se passe. Quand ça se passe. Mais quand nous sommes passés, rien ne s’y passait.
On se croirait dans le décor d’un film catastrophe, au lendemain d’une incroyable guerre bactériologique qui aurait décimé la population terrestre ou d’un conflit qui aurait rayé la civilisation de la surface de la planète.

Quand je me suis promené il y a peu dans le centre de Détroit aussi névralgique qu’un cerveau à l’état végétatif, il me revenait des images de la bande dessinée Jeremiah. Et ça faisait peur. Parce que ce n’était pas de la BD. La réalité avait rejoint la fiction.

Comment une cité laborieuse deux fois grande comme Montréal a-t-elle pu passer de ville à trépas en quelques années à peine? Pourquoi les civilisations doivent-elles toujours décliner? Que peut-on faire pour redonner de la vie à la ville, de l’espoir aux désespérés et un avenir aux sans avenirs?

Si vous cherchez à quoi l’Amérique ressemblera demain, n’allez pas à New York, San Francisco ou Seattle. Allez à Détroit.

Texte publié dans URBANIA

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