Pieds nus sur le plancher de danse

img_4669Quand je suis arrivé pour chercher fiston, l’entrée était couverte de souliers. Des marques bien connues, des espadrilles de course, des bottes de caoutchouc de toutes les couleurs, des chaussures de marche usées à la corde,… des dizaines de paires de souliers mélangés.

La soirée était organisée à l’occasion de je ne sais quel anniversaire ou quelle fête, par un tchum, un ami ou un copain. Il semble que les raisons de sortir ne comptent pas. C’est le plaisir de sortir qui importe.

Il régnait dans ce petit appartement typiquement montréalais une ambiance surchauffée. Les ados étaient venus en autobus, à pied, en vélo ou avec papa. Et ils se déchaînaient dans le salon comme s’il ne leur restait qu’une seule nuit à vivre.

Le chant du vent dans les arbres

Dehors, la rue était pourtant calme. Le trottoir luisait d’une petite averse printanière. Quand je suis arrivé, je n’entendais que le vent dans les arbres et la rumeur de la ville au loin. Tout était tellement tranquille qu’avant de sonner, j’avais même eu peur de m’être trompé de maison et de déranger des inconnus chez qui mon fils ne m’aurait pas donné le bon rendez-vous.

Aussitôt la porte ouverte, j’ai bien compris que j’étais à la bonne adresse. Le garçon qui me fit entrer disparut aussi vite, me laissant seul au milieu des souliers éparpillés.

Je jetai un coup d’œil à la petite pièce à l’entrée. Des dizaines de manteaux étaient empilés sur un lit. Mon fils arriva en sueur. Il n’eut pas de mal à retrouver sa veste d’aviateur entre les foulards, les chandails, les blousons d’été (alors que le printemps ne faisait que commencer) et les vêtements non identifiés.

Il récupéra vite ses espadrilles ratatinées sous un sac de plastique. Il eut plus de mal à retrouver sa deuxième chaussette qui s’était cachée sous le meuble de l’entrée.

C’est à ce moment que je me rendis compte que tous les ados qui sautaient au rythme de la musique techno étaient pieds nus sur le plancher du salon.

La ville s’endormait

J’étais garé tout près. Nous sommes rentrés en silence. Je pense que fiston avait encore dans la tête les rires de ses amis et les rythmes de sa soirée dansante.
Montréal commençait à s’endormir. Moi aussi.Texte publié dans mes chroniques urbaines du site HabiterMontreal.com

 

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