Tu m’as tué

Un gentil lecteur m’a envoyé mercredi ce message aussi sympathique qu’anonyme : «je vais te tuer». Au moins il n’y a pas de faute d’orthographe.

Un tel manque d’arguments, en plus de me glacer les sangs, me désole. Le phénomène des lignes ouvertes prend une nouvelle dimension sur les blogues. Les gens s’expriment sans devoir lever le voile sur leur véritable identité. Ils en profitent pour envoyer des messages qui, je le souhaite, dépassent leurs pensées. Cependant, leurs écrits, contrairement aux paroles qui s’envolent, restent, plus cinglants, plus pernicieux, plus blessants.

Depuis que j’ai reçu dans ma boîte ce message anonyme «je vais te tuer», je me demande si je dois me promener avec des gardes du corps? Faut-il que j’enfile un gilet pare-balles pour aller chez mon boucher? Serai-je obligé d’appeler les autorités pour accuser formellement le quidam malveillant de menaces de mort envers votre humble serviteur (acte punissable par la loi)?

«Je vais te tuer», ces quatre mots sans humour et sans appel me frappent, et pas seulement en plein cœur. Devrai-je arrêter d’écrire à cause d’un inconnu brandissant une menace malintentionnée sous l’impunité de l’incognito? Faudra-t-il que j’utilise, comme lui, le subterfuge de l’anonymat pour distraire les centaines, que dis-je, les milliers de lecteurs assidus de cette chronique sans prétention?
La force et la méchanceté gratuite de ce courriel destructeur sont-ils le reflet de notre société qui s’abreuve à la haine ordinaire? De mes lecteurs qui se sentent trop seuls? D’une minorité dangereusement envahissante à la recherche d’une minute de gloire? D’un déséquilibré en mal de visibilité?

À la radio, les lignes ouvertes sont encombrées de messages à l’arrière goût haineux. On leur coupe le micro, on connaît leur numéro de téléphone, on reconnaît leurs voix de faussets. Sur Internet, c’est l’empire de l’inconnu. Mon correspondant n’a ni eu le courage de dévoiler son nom, ni l’élégance de montrer son visage. Seule reste cette phrase qui fait mal «je vais te tuer».

Autrefois, quand on désirait la mort de quelqu’un, on le provoquait en duel aux yeux et à la vue de tous. L’inconnu qui se cache derrière une fausse adresse de courriel pour me menacer de mort n’amuse que lui. Ce serait trop facile ici de l’insulter. Je préfère juste signaler que ce genre de message me blesse profondément, tout comme les insultes de plus en plus fréquentes qui pullulent sur ce blogue.

Je remercie cependant mon correspondant voilé. Il m’aura permis d’écrire ce billet sous le coup de l’émotion et, pour une fois, de ne pas m’acharner sur une actualité trop souvent désolante.

Texte publié dans BRANCHEZ-VOUS.com

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